ART GRETIKO

L'Oustalou d'Aouzèdos

 L'histoire du hameau Euzèdes par Ferdinand Bascoul

Depuis la création du hameau les habitations devaient être construites, partie en pierres sèches, partie en torchis, recouvertes de paille ou de genêts. Plus tard, peut être vers le X siècle on rejointoyait les pierres des murs avec de la terre et on crépissait l’extérieur avec de la chaux et du sable pour empêcher la pluie de délayer la terre de l’intérieur.

Au cours du 18éme siècle, période qui a du être prospère pour la région il s’est fait d’importantes constructions à Euzèdes : habitations de deux nouvelles familles et nombreuses dépendances.

Pour ces nouvelles constructions on remplaçait les montants et linteaux maçonnés des ouvertures par des encadrements de pierre de taille en marbre ou en dolomie, sorte de grès, facile à travailler dont on avait mis à jour un banc lors de l’effondrement de la grotte du " Cap des Peiriès ".Ce serait pour localiser cette carrière qu’on appellerait le champ à coté "  Lo camp dels  Peiriès " (le champ des carriers).

Pour édifier ces constructions, avant qu’il n’y ait des routes carrossables, les habitants commençaient par niveler l’emplacement choisi, ensuite ils amoncelaient un grand tas de pierres en vrac " un clapas " à peu prés du volume de la construction à édifier. Ils louaient ensuite les services d’un scieur de long : avec lui, ils cherchaient dans les bois qui leur appartenaient des châtaigniers ou des chênes blancs aux troncs longs et droits pour les poutres que le scieur " le réssaire " coupait et équarrissait ; ils cherchaient aussi des troncs plus gros et souvent plus courts même dans les endroits les plus inaccessibles où le scieur amenait son matériel c’est à dire un long passe partout (scie à deux mains) " la toura " et une chèvre de bois où il hissait les troncs pour les débiter en planches avec l’aide du propriétaire. Ainsi les planches étaient facilement transportables à dos de mulets.

On faisait les planches des pièces habitables en châtaignier et ceux des granges en peuplier. On gardait les belles planches de châtaignier pour les portes ou pour les meubles ainsi que celles d’arbres fruitiers : cerisiers, noyers. Les mauvaises étant employées pour le toit.

Au moyen âge les murs intérieurs étaient souvent en torchis ; un charpentier édifiait le colombage en bois et ensuite on mettait de l’argile rouge du " Sot " ou du " Serral " mêlée à des joncs coupés dans les prés marécageux pour garnir les parties vides du colombage.

Le toit, d’abord en paille ou en genêts, fut plus tard revêtu d’ardoises que l’on extrayaient d’une carrière de schiste " Lansio " sur le " Verdio " où on les apportait d’autres carrières situées à Poussarou.

Pour éviter que la pluie ne dissolve la terre on crépissait les murs du côté extérieur avec de la chaux fabriquée sur place et du sable du ruisseau : crépi grossier mais efficace. Pour la chaux, toujours en prévision de la construction et pendant la durée des travaux, on faisait venir un chaufournier, artisan qui allait ainsi dans les hameaux ou village situés sur des terrains calcaires louer ses services. Ce spécialiste s’installait sur une parcelle boisée du propriétaire, proche de calcaire blanc. Il commençait par creuser une sorte de cratère de deux mètres environ de diamètre sur un de profondeur laissant une tranchée d’accès. Là-dessus il construisait une voûte, en pierres calcaires, ayant la forme d’un four à pain sur laquelle il entassait un bon mètre cube ou plus de pierre de calcaire blanc. Il recouvrait le tas de branches feuillues de châtaigniers ou de chênes vert, recouvrant le tout d’une bonne épaisseur de terre et allumait un grand feu sous la voûte en passant par la tranchée qu’il avait pratiqué. Il coupait les arbres tout autour s’en servant pour entretenir un grand feu jour et nuit. Après plusieurs jours de chauffage l’ensemble s’effondrait les pierres étant cuites et la chaux prête.

On enlevait la terre qui se trouvait sur le tas et on avait de la bonne chaux vive qu’il n’y avait plus qu‘à éteindre pour l’employer.

On trouve encore trace de ces fours rudimentaires autour de certains bâtiments, à la Glaudaya, ou Fargadou, aux Oureillous, au Séral, en haut de la Canal de Campredon.

Au XIX siècle on remplaça le sable du ruisseau souvent grossier par du sable qu’on extrayait de trous creusés sur des bancs de dolomie effritée qui donnait un sable très fin une fois passé au crible. On le trouvait là ou la dolomie affleure la surface du sol " la sabel " à la " Tailhade, à l’Issartou, à l’Grenc , au Sot ". On découvrait les filons en sondant le sol sur les terrains de sable avec un manche ou un gros bâton : si le sol sonnait mat, c’était de la pierre dure, s’il sonnait sourd, c’était de la dolomie pourrie de sable.

Vers la fin du XIX siècle, ayant ouvert des voies carrossables on remplaça, pour les toitures neuves ou refaites, les ardoises par des tuiles canals, puis par des plates dites de Marseille. On achetait aussi la chaux toute prête et plus tard le ciment. Pour l’entretien des maisons il passait des menuisiers transportant dans leur caisse, scies, rabots et ciseaux, la plupart des familles ayant un établi chez elles. Ils fabriquaient sur place avec le bois du propriétaire portes, fenêtres et meubles. A l’approche de l’hiver " l’estamaire " rétameur plombier venait réparer chenaux et gouttières percées ou arrachées pour amener l’eau au citernes et la semaine avants les fêtes de Pentecôte ou 8 septembre il rétamait fourchettes et cuillères ou réparait les ustensiles percés.

Tous les trois mois " lo fabre " le forgeron avec son marteau, tenailles, pinces  et clous s’installait à la " forga ", petite cabane sur la " Porcatiéra ", et ferrait les mulets, aiguisait les outil : ligos, rabassié, aissado, ou les pointes des araires et forgeait selon les besoins charnières gonds etc…

Le tailleur, lui, était à demeure et confectionnait la plupart des vêtements masculins.

A Euzèdes chaque famille récoltait selon les année une quinzaine de tonnes de châtaignes. La récolte se faisant à la main par ramassage des fruits tombés à terre et ce de fin octobre à mi-décembre . Pendant cette période on vendait sur le marché les fruits encore frais plus ou moins appréciés selon que c’était des châtaignes ou des marrons au goût plus fin. L’automne passé, les fruits frais se seraient gâtés et pour les conserver toute l’année on les séchait. On appelait les châtaignes sèches des châtaignons. Pour obtenir ce produit on avait construit des petits bâtiments de dix ou douze mètres carrés de surface dont le plancher de l’étage était un grillage ou des liteaux de bois ayant entre eux un-demi centimètre de vide sur lesquels on étalait les châtaignes sur cinquante centimètres d’épaisseur ce qui représentait environ trois tonnes de fruits. Au rez-de-chaussée, on allumait un ou deux feux de troncs de cinquante ou soixante kilos chacun disposés en croix et recouverts d’une pelletée de " ventum ", écorces de châtaignes de l’année précédente gardées pour cet usage. Ces  débris empêchaient le bois de flamber, ce qui aurait roussi les fruits, mais entretenait une chaleur lourde et régulière. On rapprochait les troncs, trois par jour, pendant prés d’un mois. Pendant ce temps on tournait les châtaignes deux fois afin que toute prennent la même chaleur. Pour arriver à une déshydratation parfaite des fruits il fallait environ trois tonnes de bois. Quand, après avoir tâté la consistance des fruits, on voyait qu’ils étaient bien secs, on se mettait à les décortiquer : autrefois on mettait la valeur de quatre ou cinq kilos dans un sac et levant celui-ci à hauteur des épaules on le rabattait avec force sur un billot. Au bout d’une trentaine de coups, l’écorce des fruits était brisée et détachée et on n’avait qu’à les passer au crible pour les séparer du " ventum " et avoir les " castagnous ", châtaignes sèches, d’un beau jaune, dure comme de la pierre et pouvant se conserver toute l’année.

Vers le début du siècle, un forgeron du Pougol eut l’idée de fabriquer un cylindre de tôle muni d’une ouverture en haut pour mettre les fruits et une en bas pour le vider et dans lequel tournait un axe muni de tiges en hérisson terminé aux deux extrémités du tambour par deux poignées que faisaient tourner deux hommes. Plus tard, on mit une poulie actionnée par un moteur. L’ensemble était monté sur quatre pieds à hauteur d’homme pour actionner les poignées à l’aise. On mettait une dizaines de kilos de châtaignes dans la machine et après une trentaine de tours elles étaient vidées par le bas et passées au " tarrare ",  ventilateur qui soufflait les écorces. L récolte comme les grains était conservés dans des " arcas ", grands coffres de bois et bien secs. On utilisait les " castagnous ", châtaignes sèches, toute l’année pour la consommation humaine, bouillies ou en soupe ou pour engraisser cochons, agneaux, volailles.